mardi 9 juin 2009

Interview de Philippe Masquelier, technicien du bassin versant à BMO

Courant avril, M. Philippe Masquelier, technicien du bassin versant et responsable du contrat de rade à BMO ( Brest Métropole Océane), s'est prêté, par une journée très estivale, dans le cadre très plaisant de la plage du Moulin BLanc, à l'exercice de l'interview en répondant aux questions de notre apprenti écolo-journaliste, Morgan Ouhlen, accompagné de l'intégralité du Club JRE (Jeunes REporters pour l'Environnement), Pauline Le Roux et Oriane Le Borgne se relayant à la caméra, Jordan Le Page et Maxime Héliès prenant des notes pour la rédaction d'un futur article. Voici l'intégralité de son interview qui apporte un éclairage local sur le traitement des algues vertes en rade de Brest.


  • Bonjour, pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Philippe Masquelier et je travaille à BMO notamment sur le contrat rade de Brest.


  • En quoi consiste votre métier ?

C'est principalement du travail de concertation entre les différents acteurs qui ont un impact sur la qualité des eaux de rivières ou des eaux de mer et ceux qui ont besoin d'une eau de bonne qualité pour certains usages comme la conchyliculture, l'élevage marin, la baignade ou même la pêche à pied.

  • Qu'est-ce que le contrat de rade ?

C'est un contrat de bassin versant qui est destiné à mettre en place des actions pour la reconquête de la qualité de l'eau des rivières et de l'eau littorale.

  • Qu'est-ce qui l'a rendu nécessaire ?

En fait, ça a démarré dans les années quatre-vingt- dix par le contrat de baie de la rade de Brest qui fait un constat de problème de qualité sur les eaux douces, les eaux qu'on doit rendre potables pour les particuliers mais aussi sur la qualité générale des eaux de mer en rade de Brest qui étaient jugées relativement polluées.

On a mis en place dès dix-neuf-cent quatre-vingt-dix huit le contrat de baie qui s'appelle aujourd'hui le contrat de rade.

  • Qu'est-ce qu'un bassin versant ? Leurs nombres et leurs noms ?

Un bassin versant est une zone délimitée par des lignes de crête et dans lequel une goutte d'eau qui tombe du ciel sur le bassin va toujours au même endroit. Où qu'elle tombe sur le bassin versant, elle va arriver au même endroit à l'exutoire de la rivière.

Pour ce qui nous concerne, la plage du Moulin Blanc est sur deux petits bassins versants de quelques km ²qui sont d'un côté le bassin versant du Costour et de l'autre le bassin versant du Stangalar et sinon, derrière nous, on voit l'estuaire de l'Elorn qui est un bassin versant plus important puisqu'il va jusqu'aux Monts d'Arrée, qu'il fait près de 300 km ² et dont l'exutoire est situé au niveau du pont de l'Iroise derrière nous.

  • A quoi sert le contrat de rade et quels effets a ce contrat sur les bassins versants ?

Le contrat de bassin versant ou le contrat de rade set à mettre un peu de concertation entre les différents types d'acteurs, que ce soit les collectivités, les professionnels, le monde agricole, les entreprises, les associations mais aussi les particuliers, en essayant de faire en sorte que chacun ait conscience de l'impact qu'il a sur la qualité des eaux.

Tout le monde est responsable de cette qualité, personne ne peut se cacher derrière son petit doigt ou le fait qu'un autre acteur est un pollueur et donc tout le monde doit aller dans le même sens et ce sens c'est l'amélioration de la qualité des eaux avec des objectifs qui sont très ambitieux, liés à une directive de 2000 qui s'appelle la directive «cadre sur l'eau» et qui donne une direction à atteindre pour l'horizon 2015 qui est très, très ambitieuse.

Vous pensez y arriver ?

On sait que l'on ne va pas atteindre tous les objectifs. Il ya des objectifs qui seront déportés dans le temps à plus longue échéance, 2021 voire 2027 mais l'objectif 2015 est l'objectif principal pour la plupart des problématiques qu'on gère au niveau du contrat de rade, à savoir les sels nutitifs qui sont des nitrates et du phosphore par exemple, ou des problèmes de contamination bactériologique des eaux, notamment les eaux littorales avec des problématiques liées à la qualité des eaux de baignade et à la qualité des eaux conchylicoles : tout ce qui est élevage marin, huîtres, moules, etc.. et puis la qualité des eaux de zones de pêche à pied par exemple.

La problématique des pesticides qui sont retrouvés soit dans les eaux douces, soit dans les eaux marines, avec des politiques qui sont menées vers le monde agricole, vers les collectivités et vers les particuliers.

  • Quelles sont les propositions d'actions du contrat de rade sur le problème des algues vertes ?

Sur le problème des algues vertes un programme a été mis en place auprès des agriculteurs du bassin versant pour essayer de limiter les quantités d'azote qui sont épandues sur les terres et pour éviter des fuites d'azote vers les cours d'eau; lorsque c'est le cas, cet azote se retrouve, à un moment ou à un autre, dans l'estuaire et donc en mer.

Si la configuration du littoral est favorable, cela peut générer des problèmes de prolifération d'algues vertes ou encore des phytoplanctons qui peuvent être parfois toxiques.

  • Le contrat de rade a t-il des résultats et la situation s'améliore t-elle ?

Disons que la politique d'amélioration de la qualité de l'eau a des résultats; mais le contrat de rade a des résultats qui sont difficiles à cerner dans toute l'amélioration par rapport à la politique générale mais en tout cas il est là pour informer, assurer la concertation et pour inciter les acteurs à améliorer leurs pratiques en vue de l'amélioration de la qualité de l'eau.

  • Quelle est la différence entre le contrat de SAGE et le contrat de rade ?

On ne parle pas de contrat de SAGE on parle plutôt de SAGE; c'est le schéma d'aménagement et de gestion des eaux, un document de plannification de l'action pour améliorer la qualité des eaux et des milieux associés à l'eau comme les zones humides, les rivières, le littoral, etc... Donc ce n'est pas un programme de travaux ou d'actions, c'est un plan qui dit ce que l'on doit faire.

Le contrat de rade est un programme d'actions qui fait ce que le SAGE préconise. Le SAGE dit ce que l'on doit faire et le contrat de rade fait ce que le SAGE dit que l'on doit faire.

Les zones géographiques concernées par le contrat de rade, anciennement le contrat de baie, concernaient tous les bassins versants de la rade de Brest, à la fois les bassins versants de l'Elorn et des rivières qui sont autour, et le bassin versant de l'Aulne; donc ça prenait en partie le département du Finistère, une petite partie du département des Côtes d'Armor et un petit bout du département du Morbihan.

Aujourd'hui le contrat de rade est plus centré sur les bassins versants autour de l'Elorn mais on a quand même des actions encore sur les bassins versants de l'Aulne.

  • Avez-vous des statistiques sur l'évolution de la pollution en rade de Brest au Moulin Blanc ?

On a des chiffres. On suit des indicateurs de pollution, par exemple les taux de nitrates dans les rivières que peuvent être les taux de présence de certains pesticides. On voit très nettement que depuis une dizaine d'années la situation s'est nettement améliorée. On a beaucoup moins de pesticides dans les rivières qu'auparavant mais ça reste encore assez inquiétant donc il faut continuer à oeuvrer dans la limitation de l'utilisation des pesticides.

Tout le monde est concerné, pas seulement les agriculteurs, mais aussi les collectivités, les entreprises et les particuliers; concernant les nitrates, la courbe de nitrates depuis trente ans avait plutôt tendance à augmenter mais, depuis une dizaine d'années, cette courbe s'est stabilisée et aujourd'hui on est à peu près à 34 / 35 mg de nitrates par litre d'eau à l'embouchure de l'Elorn alors qu'il y a une dizaine d'années on était plutôt vers les 40 mg donc ça s'améliore doucement mais ça s'améliore.

  • Le problème des bassins versants est-il un problème local ou national ?

Je dirais que c'est un problème international. Un bassin versant c'est ce qui va concentrer la pollution et qui va l'amener à son exutoire; ça peut être un fleuve, la mer, un lac, ou n'importe quoi de liquide. A partir du moment où on a une source de pollution un bassin versant est une zone de drainage qui va drainer cette pollution vers l'exutoire.

Donc c'est un problème à minima national mais aussi un problème local parce que ça dépend des activités humaines qui se passent sur ce bassin versant. Si vous avez beaucoup d'activités humaines, industrielles ou/et agricoles, même de la simple présence humaine, c'est-à-dire de l'urbanisation, vous générez de fait des pollutions et ces pollutions vont se retrouver concentrées à l'exutoire des bassins versants.

Le problème des bassins versants est un problème universel qui fait que dans certains endroits on ne peut même pas boire l'eau des rivières. Ce n'est heureusement pas le cas en Bretagne. (...)

  • Quelles actions avez-vous menées concernant les causes de la pollution et ses conséquences ?

Sur les marées vertes du Moulin Blanc, les actions menées sont principalement des actions pour la prévention et pour essayer d'éviter la prolifération des algues vertes, principalement des actions sur les problématiques agricoles, liées à des surfertilisations et à des fuites de sels nutritifs qui partent des parcelles qui ont été épandues jusqu'aux cours d'eau puis des cours d'eau à la mer.

Les premières actions sont des actions auprès des agriculteurs pour essayer de limiter la fertilisation des terres agricoles. Voilà pour toutes ces principales actions.

Ensuite on a des actions plus correctives visant à éliminer les algues vertes lorsqu'elles s'échouent sur les plages; ce sont des actions plutôt mécaniques qui utilisent des tracteurs avec des tamis qui permettent de ne pas enlever trop de sable des plages et de n'enlever pratiquement que de l'algue verte.

On essaye de mettre au point une technique d'élimination des algues en mer; ça veut dire que sur l'anse du Moulin Blanc, on a un stock offshore c'est-à-dire un stock sous-marin d'algues vertes qui reste quasimment en permanence toute l'année et qui de lui-même se réensemence, ce qui facilite la prolifération des algues vertes au printemps.

Donc on va essayer de mettre en place avec les acteurs locaux un système pour récupérer ces algues en mer et éviter qu'il y ait trop d'échouage sur les plages. Cela permet de diminuer les coûts de nettoyage sur les plages et ensuite, on espère que cela nous permettra de valoriser les algues vertes parce qu'il est assez difficile de valoriser les algues échouées sur les plages à cause du sable et des macrodéchets présents dans le sable.

  • Auriez-vous quelque chose à rajouter ?

Ce que j'ai à rajouter c'est qu'il faut bien que tout le monde ait conscience que la problématique de la pollution des eaux est une problématique globale. Il ne faut pas trop stigmatiser les uns et les autres; on a tous notre part de responsabilité. A partir du moment ou on ouvre un robinet chez soi on a une action personnelle, soit de jardinage, soit de nettoyage, soit d'utilisation des toilettes.

On a un impact sur la qualité des eaux parce que ce qu'on génère comme pollution va être soit charrié par des réseaux d'eaux usées vers des stations d'épuration, soit va retourner vers les réseaux des cours d'eau à travers du ruissellement par exemple et à terme les eaux usées arrivent toujours à la rivière et donc à la mer.

La prévention commence par une action de chacun. Avant de dire qu'untel est pollueur et que ce qu'il fait n'est pas bien il doit changer ses pratiques.

Je crois qu'il faut que nous même changions déjà chacun nos pratiques car pour critiquer les autres il faut avoir nous-mêmes une position exemplaire.


Merci et bonne journée à vous.


mardi 12 mai 2009

Interview de M. Merceron, ancien chercheur à l'Ifremer

Pour lire la vidéo, cliquez sur la photo de Michel Merceron
  • Qui est l'algue verte ?

C'est une algue qui existe depuis toujours contrairement à ce qu'on pourrait penser elle a toujours existé, et le problème c'est qu'elle a proliféré. Elle s'est énormément développée et a amené une gêne sur les côtes bretonnes.

  • Sont-elles toutes nuisibles ?

Il existe plusieurs sortes d'algues vertes : sont-elles toutes dangereuses ou nuisibles ?

C'est vrai il y a plusieurs espèces d'algues vertes mais il est très difficile de les distinguer. En Bretagne deux espèces sont proliférantes; ce n'est pas l'espèce qui est plus ou moins dangereuse, c'est plutôt le fait de leur accumulation, de leur prolifération et de leur pourrissement sur place qui provoque un danger, et ceci quelque espèce que ce soit.

  • Pourquoi l'Ulva Lactua et non les autres ?

Comme je vous le disais à l'instant c'est l'Ulva comme les autres. En fait en Bretagne nous avons l'Ulva Lactuca et l'Ulva Armoricana et les deux sont équivalentes du point de vue toxicologique et sanitaire.

  • Pourquoi la couleur verte ?

Car cela provient de la chlorophylle qu'elles contiennent qui provient elle-même de leurs cellules; c'est un pigment vert et qui n'est pas masqué par d'autres pigments comme dans certaines algues, les brunes, les rouges, etc.

Il y a d'autres pigments qui se surajoutent et qui altèrent un peu la couleur verte. Elles ont une particularité qui les rend facilement proliférantes : c'est une lame avec simplement une couche de deux cellules l'une sur l'autre ce qui fait que les capacité d'échange avec le milieu extérieur sont très grandes et ça leur permet une croissance très rapide.

  • Que veut dire nitrophile ?

ça veut dire tout simplement dire: phile, qui aime, et nitro, qui est l'azote donc qui aime l'azote. Parce qu'en fait, elles sont capables de pomper une vague chargée d'azote qui arrive avec un orage. Avec le flux d'azote ou de nitrates qui arrive à ce moment là, elles ont une capacité, du fait justement de leur forme, d'échange et donc la capcité d'intégrer très rapidement ce qu'on appelle le «pulse» d'azote qui passe, par rapport à d'autres algues qui ne peuvent pas intégrer, asssimiler aussi vite l'azote.

Dautre part elles ont un avantage par rapport aux autres algues, c'est qu'elles peuvent accumuler beaucoup d'azote et faire des réserves qui leur permettent ensuite de croître longuement et dans la durée alors que d'autres ont épuisé l' azote qu'elles avaient pu prendre. Elles en ont une grosse réserve et ça leur permet de croître pendant plusieurs semaine sur leurs réserves.

  • Qu'est-ce qu'un thale ?

ça veut dire une lame d'algues. Car l'algue n'est pas bâtie de la même façon qu'un végétal terrestre; pour faire simple, il n'y a pas de système nerveux, donc toutes les cellules qui ont une relation avec l'extérieur sont identiques sur toute la surface de l'algue.

  • Les autres algues sont-elles nuisibles ? Par exemple les algues brunes.

Non, pas plus, pas moins; comme c'est une algue très mince, elle peut se replier, s'accumuler, se tasser, ce qui favorise le pourrissement donc le dégagement de gaz comme l'hydrogène sulfuré H2S ou comme d'ailleurs le méthane et donc au moins le H2S est écotoxique. Si on mettait d'autres algues à pourrir je pense que ça ferait la même chose, ce qui indique qu'elles ne contiennent pas elles-mêmes quelque chose de toxique. C'est simplement le fait qu'elles peuvent s'accumuler et pourrir à l'abri. Quand on perfore la croûte blanchâtre qui est au-dessus, ça sert de cheminée et c'est par là que sortent les gaz qui sont eux toxiques tout du moins l'un d'entre eux.


  • Quelles sont les algues présentes dans les marées vertes ?

Ce sont les espèces Armoricana et pas Lactuca. Cette dernière, l'Ulva Lactuca est un ancien nom qui recouvrait un nombre d'espèces différentes. En fait la classification de ces algues est très compliquée et sujette à caution.

En plus selon ce qu'elles ont dans leur milieu, à l'époque de la croissance de leurs bactéries – vitamines, etc. - elles ont tendance à prendre des formes différentes et donc maintenant on essaie de les différencier par des analyses très fines de leurs protéines mais cela ne présente guère d'intérêt de savoir si telle ou telle espèce existe en Bretagne car elles se comportent grosso-modo de la même façon.

  • En quelle année la prolifération des algues vertes a t-elle été constatée pour la première fois par des scientifiques ?

Je ne pourrais pas répondre avec exactitude. On l'a vue apparaître dans la presse, ça a commencé à poser un problème au début des années 70. Mais on a remarqué sur de très anciennes photos aériennes de la baie de Lannion (Côte d'Armor) des tâches noires qui sont visiblement des algues vertes, mais il y en avait énormément moins que maintenant. On peut vraiment dater le départ des marées vertes du début des années soixante-dix.

  • A quelle période de l'année le phénomène est-il particulièrement visible ?

Au début il était surtout visible au mois de mai, juin et juillet puis la saison s'est allongée : maintenant c'est durant les mois d'août et de septembre voire de novembre. Par exemple à Saint Michel-en-Grèves au moment de la commémoration du 11 novembre le maire m'a raconté qu'il avait trouvé les tombes du cimetière proches de l'estran recouvertes d'algues vertes à la suite d'une tempête; donc maintenant les moments forts sont la fin du printemps et l'été parce que les conditions naturelles sont les plus favorisantes à ces périodes. La température est élevée, ce qui favorise la croissance, l'éclairement est élevé, et après un certain délai, tout se met en route et aboutit à une croissance maximum.

  • Pourquoi ce phénomène est-il récurrent ?

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il y a toujours un excédent d'azote dans l'eau qui arrive et qui stagne dans les prenières vagues et donc ce milieu trop riche favorise cette algue qui est spécialement adaptée à un milieu riche, plus que les autres et du coup lors de la mise en concurrence c'est elle qui gagne.

Elle en arrive même à s'autolimiter. Dans le rideau de la zone où ça déferle, les algues s'accumulent et ça fait comme une soupe qui amortie la houle. Il y a tellement d'algues dans l'eau qu'elles font ce que l'on appelle de l'autoombrage. Celles qui sont en bas n'ont pas assez d'éclairement pour pouvoir croître; donc elles se limitent.

  • Quand ce phénomène est apparu, est-ce qu'on y a prêté attention ?

Non. Effectivement on y a pas prêté attention. Et puis il n'est pas apparu de façon linéaire. Il y a eu des années fortes et des années moins fortes. Et il faut voir sur plusieurs années la tendance générale.

  • Comment se reproduit l'algue verte ?

Et bien il y a deux formes de reproduction.

Soit c'est un espèce de bouturage, c'est-à-dire que l'algue se casse et c'est comme des boutures : chaque débris va de nouveau croître. Soit elle est sexuée, il y a des ovules et des spermatozoïdes, puis fécondation et fabrication d'une plantule qui s'accroche sur tout ce qu'elle trouve et qui, lorsque les conditions seront favorables, se développera.

Il existe une autre forme de reproduction que l'on appelle par spores.

Il n'y a pas besoin de reproduction (donc d'organes mâle et femelle). C'est une reproduction qui se produit en quelque sorte à l'intérieur de la cellule. Elle fabrique de minuscules plantules et lorque la cellule explose elle libère les spores. C'est le même phénomène que pour les fougères.

  • Quelles sont les conséquences sur l'environnement ?

C'est une question qui est assez peu investiguée, assez peu recherchée, sur laquelle on n'a pas d'idée définitive, mais grosso modo il n'y a pas un impact énorme. Il y a un impact très fort sur l'estran qui est la partie entre la haute mer et la basse mer. Et là c'est une zone qui par nature est déjà très instable à cause de la houle des tempêtes qui viennent parfois tout chambouler.

Donc quand les algues se déposent, tout ce qui est en dessous et qui reçoit le jus de pourriture devient mort. Mais la recolonisation par les larves qui viennent de l'extérieur est très rapide aussi. C'est un inconvénient mais qui n'est pas énorme. Par contre, il y a un aspect qu'on a redécouvert récemment, c'est un aspect sanitaire.

  • Quels sont les éléments dont elle a besoin pour se développer ?

Elle a besoin, comme toutes les autres d'ailleurs, d'azote et de phosphore, ce dont on parle le plus. Il y a une réserve de phosphore dans les sédiments du bord de mer. Une réserve qui est énorme et qui est telle qu'elle peut être libérée au fur et à mesure de la demande en phosphore.

L'azote, lui, ne fait que passer. Il n'y a pas de réserve, ou très peu dans les sédiments. Et donc c'est ça qui va limiter. Quand il y a de l'azote, ça marche très bien car on a vu qu'elle peut l'assimiler très vite et faire des réserves, dans son petit sac à dos ! En revanche quand il n'y en aura plus assez, elle est carencée, alors qu'il y aura encore du phosphore.

  • Est-ce que l'algue verte existe naturellement sur ce type de littoral ?

Tout à fait et je parlai tout à l'heure des photos aériennes de 1951, à l'époque où on en trouvait que des traces.

  • D'où viennent les flux de nourriture dont elles se nourrissent ?

A 95 ou 98 %, c'est d'origine agricole intensive. C'est l'intensification de l'agriculture qui en est la cause, clairement. Parfois, dans certains sites, c'est effectivement une station d'épuration qui marche mal qui peut générer ça mais on le corrige facilement.

  • Pourquoi meurent-elles au bout de quelques mois ?

Eh bien c'est une chose que l'on ne sait pas exactement; ce qu'il y a, c'est qu'au bout d'un moment, les apports de sels nutritifs, dont les nitrates, deviennent moins importants au cours de la saison.

Ce qui compte ce n'est pas la concentration en sels nutritifs de l'eau qui arrive, c'est le flux de sels nutitifs. Donc il y a une différence; on peut avoir un cours d'eau tout petit avec un débit minuscule, un pipi de chat, mais très très chargé. Ce qui compte au cours de la saison, c'est que le débit des fleuves a tendance à diminuer puisque ce qu'on appelle l'étiage, c'est-à-dire le minimum de débit d'eau des rivières, se produit en général vers septembre-octobre.

Donc effectivement, à partir du mois de juillet-août, il y a un peu moins de débit et la concentration en nitrates a aussi tendance à diminuer.

Donc moins de débit signifie moins de concentration, ça fait moins de flux à tous les coups et les algues deviennent carencées en azote.

  • Pourquoi, après dix mètres de profondeur, ne sont-elles plus présentes ?

Eh bien d'abord, elles sont présentes au-delà de dix mètres de profondeur. C'est ma grande fierté d'avoir trouvé dans mon travail de recherche qu'il y en avait jusqu'à vingt mètres, ce qui n'était pas soupçonné avant. Donc elles sont présentes et là, j'ai une dissession avec un collègue, je suis moi persuadé qu'en fait elles commencent à croître assez profondément et un peu partout d'ailleurs de un mètre à zéro mètre, et que petit à petit au fur et à mesure qu'elles grossissent, elles sont prises par le mouvement de la houle sur le fond qui produit un phénomène de saut, de saltation et que petit à petit tout doucement elles s'approchent pérodiquement de la côte.

Par l'effet de la houle en surface le mouvement de l'eau en profondeur est amorti mais il y en a quand même un au niveau du sédiment qui fait qu'elles cheminent doucement. De temps en temps elles ont tendance à reculer. Globalement sur plusieurs semaines elles arrivent à la côte.

En général elles sont bloquées dans la zone de déferlement où elles trouvent des conditions bien meilleures pour leur croissance que en profondeur.

J'ai fait des tests avec une stagiaire qui ont parfaitement montré qu'il y a une croissance non négligeable en profondeur mais qui est moins forte que celle qui a lieu dans les petits fonds.

Et les pêcheurs le savent bien parce que quand ils posent leurs filets maillants et qu'ils ramassent un paquet d'algues comme ça, pour eux c'est l'enfer parce qu'ils ont vingt-quatre heures pour retrouver leurs filets et le libérer de ces algues qui pèsent des tonnes. C'est bourré d'algues...

L'azote va en diminuant à partir de mars-avril. Seulement il faut le temps que les algues augmentent de taille, se divisent, se reproduisent et prolifèrent. Cela ne va pas se faire instantanément. Ce n'est pas au moment où il y a le plus d'azote que l'on va trouver le maximum d'algues vertes. Cela va être un peu après; il y a un décalage, le temps que les algues se développent.

  • Pourquoi certains secteurs sont-ils plus touchés que d'autres ?

Bonne question. C'est qu'en fait il y a des zones préférentielles. Il faut, pour que ça se développe, la marée verte, que la plage soit de grande taille et, ça va de pair d'ailleurs, que la pente soit faible, ce qui fait que lorsque la zone de déferlement va se déplacer, ça va toujours être dans une zone peu profonde.

Et pendant tout le temps, basse mer ou haute mer, les algues présentes vont être en position idéale, c'est-à-dire avec une faible hauteur d'eau ce qui signifie donc un éclairement fort.

Au printemps, la température se réchauffe plus vite à cet endroit là que par dix mètres de fond. C'est logique : on voit bien quand il y a eu du soleil que la mer remonte dessus et que c'est chaud. Tout cela accélère la croissance.

Et donc, il faut également que cela soit une zone asez rétensive, c'est-à-dire que l'eau n'y est pas réellement renouvelée. Elle fait du va-et-vient sur place avec la marée, et c'est la même eau qui fait ça.

Les algues qui sont dedans sont toujours en place au bon endroit là où il y a la croissance. On appelle ça des zones où le courant résiduel – le résidu, une fois qu'on a enlevé le va-et-vient de la marée – est nul.

Alors qu'il y a des zones où le courant est loin d'être résiduel, où la particule d'eau commence là à mer haute, puis descend là à mer basse mais ne remontera pas à mer haute suivante; elle fera ça ( gestes du bras pour illustrer son propos), et donc les algues et l'eau vont se trouver disperser et on ne trouvera pas de marée verte.

En revanche de l'eau qui fait ça comme dans une bassine, là effectivement il y a tout ce qu'il faut pour que la marée verte se développe.

  • Quelles sont les zones de prolifération à Brest ?

Eh bien, c'est beaucoup la plage du Moulin Blanc. Il y a d'autres endroits. Encore une fois c'est les endroits où il y a des anses, des espèces de petites baies le long de la côte et une des principales, où le phénomène y est bien visible d'ailleurs, c'est celle du Moulin Blanc, encore que c'est fréquemment ramassé; la municipalité fait passer fréquemment des engins pour tamiser.

Il y en a d'autres au débouché de l'Aulne, en aval de Landévennec; il y en a une autre le long d'une jetée extérieure du port de commerce; il y en a eu également à Kéraliou du côté de la presqu'île de Plougastel. Je n'ai pas tous les sites en tête mais la rade de Brest n'est pas la plus importante, ce n'est pas celle qui est la plus chargée.

  • Quelles sont les particularités de la rade de Brest ?

La particularité de la rade de Brest c'est qu'elle est ramassée beaucoup plus souvent qu'ailleurs. La municipalité a à coeur de pouvoir dire : on a une belle plage où il n'y a pas de marée verte. Et effectivement ils en ramassent tous les jours lors de la saison touristique. Et en cette saison, automne-hiver, ils ramassent quand il y a un apport.

Et les apports se font par vent de sud ouest, souvent. Il peut n'y avoir rien du tout une journée et le lendemain on en trouve plein parce que le vent, par l'intermédiaire de la circulation de l'eau, les a ramenées à la côte.

  • Quelles sont les solutions pour traiter ce problème des marées vertes ?

Il y a deux sortes de solutions : le curatif - comme pour traiter une maladie qui est déjà déclarée - qui consiste à ramasser pour empêcher que ça pourisse et que ça continue à se développer à partir du stock qui est en place. Il s'agit de diminuer le stock pour essayer de tarir la source.

Puis il y a une autre solution, c'est le ramassage mais c'est en jeu depuis déjà vingt ans, plus de vingt ans même. Mais bon, cela ne fait qu' «écrêter» le problème.

Et puis il y a des choses préventives, c'est-à-dire pour éviter que se déclenche la maladie; là, il faudrait diminuer, je dis bien diminuer au conditionnel, de façon significative, les arrivées de nitrates par les petits cours d'eau ou les gros d'ailleurs. Eh bien pour le moment on attend toujours, en dépit de Prolittoral. Des actions sont menées mais on attend toujours une diminution significative qui porterait ses fruits.

  • Quelles recherches avez-vous faites sur l'algue verte ?

C'est un problème très intéressant à étudier mais la solution elle, se fait attendre, malheureusement; ça a été mon dernier sujet de travail pendant quatre, cinq ou six ans, je ne sais plus exactement.

par Michel Merceron, ancien chercheur à l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer)

lundi 30 mars 2009

Philipe Masquelier : à propos du contrat de baie

Dans le cadre du projet Jeunes Reporters pour l'Environnement, le club sciences s'est déplacé au moulin blanc mardi 17 mars où un rendez-vous avait été pris avec Philippe Masquelier, responsable en charge du contrat de baie à Brest Métropole Océane.

Nous lui avons posé des questions sur le rôle et l'action du contrat de rade sur les marées vertes en rade de Brest.
Le contrat de rade a été conçu en 1990 pour les particuliers, en raison d'une pollution de l'eau douce et de l'eau de mer .
Il concerne le bassin versant de la rade de Brest et permet la concentration des différents acteurs ayant un impact sur les eaux salées et douces : baignade, conchyliculture...
Il a pour objectif de mener des actions pour la reconquête de la qualité de l'eau.
A cet égard, le bassin versant est l'unité géographique fondamentale de toute action de surveillance et de reconquête de la qualité.
C'est l'espace situé entre 2 lignes de crête, ou partage des eaux, donc « une goutte de pluie arrive toujours au même endroit quel que soit l'endroit où elle tombe sur le versant ».
Les eaux polluées traitées en amont par des stations ruissellent par les bassins versants jusqu'à la mer.

Les actions menées concernent :
1) La prévention contre la prolifération des algues vertes - qui est essentiellement due aux excédents d'azote et de phosphore présents dans les déjections d'origine animale épandues pour fertiliser les terres agricoles du bassin versant.
2) L'élimination des algues vertes sur le littoral grâce à des tracteurs équipés de tamis qui trient les algues vertes des macro-déchets.
3) Les algues vertes flottant entre deux eaux constituent un stock offshore en mer qui se renouvelle. Un système de récupération en mer a été mis en place pour éviter l'échouage et réduire le coût du ramassage.

4) Les algues collectées sont alors valorisées.

Les marées vertes constituent une problématique globale impliquant différents acteurs auprès desquels BMO a un rôle de médiateur et de conseil. BMO ne gère bien sûr pas que les problèmes que posent la présence des algues vertes mais assure aussi le suivi du contrat de baie. La collectivité souhaite donc rappeler que tout particulier a un impact sur l'environnement, par sa consommation, ses loisirs, ses déplacements...
Il appartient à chacun de prendre conscience de cet impact et d'essayer de le réduire au minimum.

Cette interview a été filmée et sera bientôt disponible sur la médiathèque du collège.

mardi 2 décembre 2008

Bienvenue sur le blog du club de sciences du collège de Penn Ar C'hleuz à Brest

Ca y est, le club lance son blog et dès la semaine prochaine nous interviewons Michel Merceron en retraite, ancien responsable de recherches à Ifremer et spécialisé dans le domaine des algues vertes.