Bonjour, pourriez-vous vous présenter ?
Je suis Philippe Masquelier et je travaille à BMO notamment sur le contrat rade de Brest.
En quoi consiste votre métier ?
C'est principalement du travail de concertation entre les différents acteurs qui ont un impact sur la qualité des eaux de rivières ou des eaux de mer et ceux qui ont besoin d'une eau de bonne qualité pour certains usages comme la conchyliculture, l'élevage marin, la baignade ou même la pêche à pied.
Qu'est-ce que le contrat de rade ?
C'est un contrat de bassin versant qui est destiné à mettre en place des actions pour la reconquête de la qualité de l'eau des rivières et de l'eau littorale.
Qu'est-ce qui l'a rendu nécessaire ?
En fait, ça a démarré dans les années quatre-vingt- dix par le contrat de baie de la rade de Brest qui fait un constat de problème de qualité sur les eaux douces, les eaux qu'on doit rendre potables pour les particuliers mais aussi sur la qualité générale des eaux de mer en rade de Brest qui étaient jugées relativement polluées.
On a mis en place dès dix-neuf-cent quatre-vingt-dix huit le contrat de baie qui s'appelle aujourd'hui le contrat de rade.
Qu'est-ce qu'un bassin versant ? Leurs nombres et leurs noms ?
Un bassin versant est une zone délimitée par des lignes de crête et dans lequel une goutte d'eau qui tombe du ciel sur le bassin va toujours au même endroit. Où qu'elle tombe sur le bassin versant, elle va arriver au même endroit à l'exutoire de la rivière.
Pour ce qui nous concerne, la plage du Moulin Blanc est sur deux petits bassins versants de quelques km ²qui sont d'un côté le bassin versant du Costour et de l'autre le bassin versant du Stangalar et sinon, derrière nous, on voit l'estuaire de l'Elorn qui est un bassin versant plus important puisqu'il va jusqu'aux Monts d'Arrée, qu'il fait près de 300 km ² et dont l'exutoire est situé au niveau du pont de l'Iroise derrière nous.
A quoi sert le contrat de rade et quels effets a ce contrat sur les bassins versants ?
Le contrat de bassin versant ou le contrat de rade set à mettre un peu de concertation entre les différents types d'acteurs, que ce soit les collectivités, les professionnels, le monde agricole, les entreprises, les associations mais aussi les particuliers, en essayant de faire en sorte que chacun ait conscience de l'impact qu'il a sur la qualité des eaux.
Tout le monde est responsable de cette qualité, personne ne peut se cacher derrière son petit doigt ou le fait qu'un autre acteur est un pollueur et donc tout le monde doit aller dans le même sens et ce sens c'est l'amélioration de la qualité des eaux avec des objectifs qui sont très ambitieux, liés à une directive de 2000 qui s'appelle la directive «cadre sur l'eau» et qui donne une direction à atteindre pour l'horizon 2015 qui est très, très ambitieuse.
Vous pensez y arriver ?
On sait que l'on ne va pas atteindre tous les objectifs. Il ya des objectifs qui seront déportés dans le temps à plus longue échéance, 2021 voire 2027 mais l'objectif 2015 est l'objectif principal pour la plupart des problématiques qu'on gère au niveau du contrat de rade, à savoir les sels nutitifs qui sont des nitrates et du phosphore par exemple, ou des problèmes de contamination bactériologique des eaux, notamment les eaux littorales avec des problématiques liées à la qualité des eaux de baignade et à la qualité des eaux conchylicoles : tout ce qui est élevage marin, huîtres, moules, etc.. et puis la qualité des eaux de zones de pêche à pied par exemple.
La problématique des pesticides qui sont retrouvés soit dans les eaux douces, soit dans les eaux marines, avec des politiques qui sont menées vers le monde agricole, vers les collectivités et vers les particuliers.
Quelles sont les propositions d'actions du contrat de rade sur le problème des algues vertes ?
Sur le problème des algues vertes un programme a été mis en place auprès des agriculteurs du bassin versant pour essayer de limiter les quantités d'azote qui sont épandues sur les terres et pour éviter des fuites d'azote vers les cours d'eau; lorsque c'est le cas, cet azote se retrouve, à un moment ou à un autre, dans l'estuaire et donc en mer.
Si la configuration du littoral est favorable, cela peut générer des problèmes de prolifération d'algues vertes ou encore des phytoplanctons qui peuvent être parfois toxiques.
Le contrat de rade a t-il des résultats et la situation s'améliore t-elle ?
Disons que la politique d'amélioration de la qualité de l'eau a des résultats; mais le contrat de rade a des résultats qui sont difficiles à cerner dans toute l'amélioration par rapport à la politique générale mais en tout cas il est là pour informer, assurer la concertation et pour inciter les acteurs à améliorer leurs pratiques en vue de l'amélioration de la qualité de l'eau.
Quelle est la différence entre le contrat de SAGE et le contrat de rade ?
On ne parle pas de contrat de SAGE on parle plutôt de SAGE; c'est le schéma d'aménagement et de gestion des eaux, un document de plannification de l'action pour améliorer la qualité des eaux et des milieux associés à l'eau comme les zones humides, les rivières, le littoral, etc... Donc ce n'est pas un programme de travaux ou d'actions, c'est un plan qui dit ce que l'on doit faire.
Le contrat de rade est un programme d'actions qui fait ce que le SAGE préconise. Le SAGE dit ce que l'on doit faire et le contrat de rade fait ce que le SAGE dit que l'on doit faire.
Les zones géographiques concernées par le contrat de rade, anciennement le contrat de baie, concernaient tous les bassins versants de la rade de Brest, à la fois les bassins versants de l'Elorn et des rivières qui sont autour, et le bassin versant de l'Aulne; donc ça prenait en partie le département du Finistère, une petite partie du département des Côtes d'Armor et un petit bout du département du Morbihan.
Aujourd'hui le contrat de rade est plus centré sur les bassins versants autour de l'Elorn mais on a quand même des actions encore sur les bassins versants de l'Aulne.
Avez-vous des statistiques sur l'évolution de la pollution en rade de Brest au Moulin Blanc ?
On a des chiffres. On suit des indicateurs de pollution, par exemple les taux de nitrates dans les rivières que peuvent être les taux de présence de certains pesticides. On voit très nettement que depuis une dizaine d'années la situation s'est nettement améliorée. On a beaucoup moins de pesticides dans les rivières qu'auparavant mais ça reste encore assez inquiétant donc il faut continuer à oeuvrer dans la limitation de l'utilisation des pesticides.
Tout le monde est concerné, pas seulement les agriculteurs, mais aussi les collectivités, les entreprises et les particuliers; concernant les nitrates, la courbe de nitrates depuis trente ans avait plutôt tendance à augmenter mais, depuis une dizaine d'années, cette courbe s'est stabilisée et aujourd'hui on est à peu près à 34 / 35 mg de nitrates par litre d'eau à l'embouchure de l'Elorn alors qu'il y a une dizaine d'années on était plutôt vers les 40 mg donc ça s'améliore doucement mais ça s'améliore.
Le problème des bassins versants est-il un problème local ou national ?
Je dirais que c'est un problème international. Un bassin versant c'est ce qui va concentrer la pollution et qui va l'amener à son exutoire; ça peut être un fleuve, la mer, un lac, ou n'importe quoi de liquide. A partir du moment où on a une source de pollution un bassin versant est une zone de drainage qui va drainer cette pollution vers l'exutoire.
Donc c'est un problème à minima national mais aussi un problème local parce que ça dépend des activités humaines qui se passent sur ce bassin versant. Si vous avez beaucoup d'activités humaines, industrielles ou/et agricoles, même de la simple présence humaine, c'est-à-dire de l'urbanisation, vous générez de fait des pollutions et ces pollutions vont se retrouver concentrées à l'exutoire des bassins versants.
Le problème des bassins versants est un problème universel qui fait que dans certains endroits on ne peut même pas boire l'eau des rivières. Ce n'est heureusement pas le cas en Bretagne. (...)
Quelles actions avez-vous menées concernant les causes de la pollution et ses conséquences ?
Sur les marées vertes du Moulin Blanc, les actions menées sont principalement des actions pour la prévention et pour essayer d'éviter la prolifération des algues vertes, principalement des actions sur les problématiques agricoles, liées à des surfertilisations et à des fuites de sels nutritifs qui partent des parcelles qui ont été épandues jusqu'aux cours d'eau puis des cours d'eau à la mer.
Les premières actions sont des actions auprès des agriculteurs pour essayer de limiter la fertilisation des terres agricoles. Voilà pour toutes ces principales actions.
Ensuite on a des actions plus correctives visant à éliminer les algues vertes lorsqu'elles s'échouent sur les plages; ce sont des actions plutôt mécaniques qui utilisent des tracteurs avec des tamis qui permettent de ne pas enlever trop de sable des plages et de n'enlever pratiquement que de l'algue verte.
On essaye de mettre au point une technique d'élimination des algues en mer; ça veut dire que sur l'anse du Moulin Blanc, on a un stock offshore c'est-à-dire un stock sous-marin d'algues vertes qui reste quasimment en permanence toute l'année et qui de lui-même se réensemence, ce qui facilite la prolifération des algues vertes au printemps.
Donc on va essayer de mettre en place avec les acteurs locaux un système pour récupérer ces algues en mer et éviter qu'il y ait trop d'échouage sur les plages. Cela permet de diminuer les coûts de nettoyage sur les plages et ensuite, on espère que cela nous permettra de valoriser les algues vertes parce qu'il est assez difficile de valoriser les algues échouées sur les plages à cause du sable et des macrodéchets présents dans le sable.
Auriez-vous quelque chose à rajouter ?
Ce que j'ai à rajouter c'est qu'il faut bien que tout le monde ait conscience que la problématique de la pollution des eaux est une problématique globale. Il ne faut pas trop stigmatiser les uns et les autres; on a tous notre part de responsabilité. A partir du moment ou on ouvre un robinet chez soi on a une action personnelle, soit de jardinage, soit de nettoyage, soit d'utilisation des toilettes.
On a un impact sur la qualité des eaux parce que ce qu'on génère comme pollution va être soit charrié par des réseaux d'eaux usées vers des stations d'épuration, soit va retourner vers les réseaux des cours d'eau à travers du ruissellement par exemple et à terme les eaux usées arrivent toujours à la rivière et donc à la mer.
La prévention commence par une action de chacun. Avant de dire qu'untel est pollueur et que ce qu'il fait n'est pas bien il doit changer ses pratiques.
Je crois qu'il faut que nous même changions déjà chacun nos pratiques car pour critiquer les autres il faut avoir nous-mêmes une position exemplaire.
Merci et bonne journée à vous.
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